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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 15:00

Le 8 mai 1945 je guerroyais dans la Forêt Noire a la tête de ma section dont l'effectif était très diminué après les durs combats que nous avions affrontés dans les ballons des Vosges et dans les plaines d'Alsace. C'est avec enthousiasme que nous avons appris la fin des combats, mais aussi avec une grande tristesse en pensant aux compagnons que nous avions perdus au cours de notre marche victorieuse.

Aujourd'hui, c'est pour moi une journée de recueillement consacrée à leur souvenir.

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 08:29

Le soldat X.

L'épisode dont je vais vous parler n'est pas une scène de guerre mais un épisode en marge de la guerre. C'est  un chef de section de ma compagnie qui l'a vécu et qui me l'a raconté lui-même mais je le connaissais déjà.

Voici le récit qu'il m'a fait avec ses propres termes :

"Dans une troupe il y a toujours parmi les hommes un fort en gueule aux propos de matamore dont l'influence peut être bénéfique ou néfaste selon sa personnalité.

Si elle est néfaste, le devoir du chef est de le mater pour le faire rentrer dans le rang afin de ne pas laisser se dévoyer le sens du devoir et de l'abnégation. S'il ne le fait pas il ne pourra plus obtenir des hommes qu'il commande des actions à risques dans les meilleures conditions.

Dans une troupe en opération il ne dispose pas des moyens disciplinaires habituels, alors il doit innover. Tout dépend de l'autorité que lui confère son prestige personnel.

A la fin de l'année  1944, après quelques engagements très durs, notre unité connaissait une période d'accalmie, bien qu'étant au contact de l'ennemi.

La compagnie occupait, dans la région de Vieux Thann, un petit village éloigné d'environ  deux kilomètres des positions ennemies. En avançant avec précaution d'environ un kilomètre on pouvait apercevoir un grand bâtiment (qu'on m'a dit être un asile) qui était leur position avancée. Ma section, avec les sous officiers, était cantonnée dans un grand bâtiment à la lisière du village et maintenait des postes de guet permanents ce qui permettait de se reposer et de passer des soirées dans un confort relatif.

J'avais établi mon P.C. dans une petite maison voisine.

Assez tôt, un matin, un sergent chef de groupe qui logeait avec la troupe, vient à mon P.C. et me dit :"Mon lieutenant je dois vous faire part d'un incident qui me parait assez grave. Vous savez que je partage le cantonnement avec les hommes. Hier soir les hommes discutaient avant le couvre feu et le soldat X a tenu des propos graves qui vous concernaient et qui faisaient allusions aux dernières opérations qui ont été très dures. Il critiquait les efforts que les circonstances vous ont amené à exiger d'eux. Il est allé jusqu'à dire : il y a des jeunes officiers qui se croient et ils pourraient prendre une balle dans le dos à la prochaine occasion.

Les mots qu'il a employés étaient moins corrects. J'estime que ses propos sont susceptibles de nuire au moral de la troupe et je vous demande de prendre des mesures".

Après avoir réfléchi je lui ai demandé de le faire mettre en tenue avec son arme et de venir au P.C. immédiatement.

Quand il est arrivé je lui ai dit aussitôt "Nous partons en patrouille, armes ta mitraillette et marches derrière moi".

L'un derrière l'autre nous avons quitté nos positions pour nous diriger en direction des positions ennemies. Il y avait à mi-chemin, environ 1 Km, un petit bois assez clairsemé avec au centre une clairière. Nous sommes entrés dans ce bois jusqu'à la clairière, nous nous sommes arrêtés et je lui ai dit "Soldat X, hier soir, devant tes copains, tu m'as promis une balle dans le dos? Exact?"

 "Oui mon lieutenant"

 "Tout à l'heure tu marchais derrière moi avec ta mitraillette armée, tu pouvais prendre l'alibi d'une patrouille ennemie mais tu n'as pas tiré. Pourquoi?"

"Je ne suis pas un assassin"

"Alors, excuses toi"

"Non mon lieutenant"

 "Alors poses ta mitraillette"

 Il a posé sa mitraillette et moi ma carabine.

Je lui ai alors dit"Maintenant nous sommes entre hommes sans témoins, alors défends toi!"

(La scène qui m'a été décrite aurait eu sa place dans le film L'Homme Tranquille avec John Wayne et Victor Mac Laglen et a duré environ un quart d'heure.)

Il n'était pas manchot, mais moi non plus et après être allé deux fois au tapis il m'a dit : "Arrêtez mon lieutenant, j'ai compris."

Je lui ai garanti que je ne parlerais pas de cette bagarre, que c'était entre nous deux et qu'il pourrait expliquer ses ecchymoses par une chute. Moi, je n'étais pas marqué.

Nous sommes alors revenus sur nos positions.

Je n'ai pas parlé de cette affaire, mais l'histoire s'est néanmoins répandue.

Cet homme et tous les autres ont été exemplaires dans la suite des opérations offensives particulièrement dures et c'est une des raisons pour lesquelles il restera le Soldat X."

 

 

 

 

 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 15:57

A la fin de l'année 1944 j'ai longuement combattu dans les environs de Vieux-Thann. Je ne disposais pas de carte d'Etat Major, je ne pouvais donc pas me situer avec précision et je n'avais pour indication que les repères visuels.

En me promenant sur le Web en tapant Vieux-Thann sur Wikipédia je viens de trouver une vue défilante qui m'a particulièrement intéressé. On y voit la ville, à partir d'une vigne à flanc de coteau d’où la photo est prise et à quelque distance en premier plan une usine avec une grande cheminée.

Pendant l'hiver 1944 j'ai occupé cette vigne jour et nuit avec ma section  et les Allemands étaient installés dans l'usine en face.

Nous étions allongés dans des trous individuels. Le fond de ces trous peu profonds était garni d'une toile de tente et nous les occupions à deux avec pour tout confort deux couvertures individuelles. Etant à la vue directe de l'ennemi nous ne pouvions nous ravitailler et nous soulager que la nuit. Si nous levions la tête un peu trop haut pour observer nous recevions illico une rafale de mitrailleuse partie de l'usine. C'est vous dire si nos séquences d'observations étaient rapides!

La température était jour et nuit largement au dessous de zéro. J'avais réussi à récupérer un caleçon moelleux et un gilet à manches en peau de chat. Je pense que c'est grâce a ces vêtements que je n'ai pas même contracté un rhume! Il faut dire aussi que j'avais vingt trois ans et que j'avais fait beaucoup de sport

Nous avons occupé cette position pendant une semaine sans pertes humaines mais nous avons été particulièrement heureux d'être relevés pour prendre à l'arrière une douche très chaude et faire une toilette particulièrement bienvenue.

(Dédié à mon neveu David)

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 14:17

 

                                                         Le fort du Mont Vaudois

Après avoir effectué des missions dans un maquis de Bourgogne, je me suis engagé dans l'armée Rhin et Danube et rapidement mon unité, le 35ème Régiment d'infanterie, a été engagée sur l'axe Dole, Besançon, Belfort, Colmar.

Après quelques engagements mineurs nous nous sommes retrouvés à Héricourt.

A proximité, au sommet d'une colline nommée le Mont Vaudois il y a un fort qui était occupé par l'ennemi. Le régiment a reçu la mission de l'attaquer, de l'enlever et de l'occuper.

Avec le grade d'Aspirant je commandais une section de 28 hommes. J'ai reçu l'ordre de progresser à l'aile droite du dispositif. Un blindé léger progressait avec nous. Il avait pour mission de se placer devant la porte du fort et de la détruire avec son canon pour permettre aux troupes d'assaut de s'y engouffrer.

La tactique était d'arriver au plus près du fort et quand la porte aurait été détruite  de l'investir.

Deux compagnies étaient engagées dans l'opération.

Elle fut précédée d'une forte préparation d'artillerie.

Gravir la colline fut fait sans difficultés et nous avons débouché sur un terre plein vide d'abri sauf quelques maisons en ruines sur la droite qui étaient heureusement dans mon axe de progression. Apparemment, le fort qui se trouvait à environ 300 mètres devant nous n'avait pas souffert des tirs de l'artillerie.

Le blindé roulait en tête.

J'ai fait progresser ma section en utilisant autant que possible le défilement des ruines.

Nous progressions lentement et rien ne se passait.

Quand nous sommes arrivés à moins de 50 mètres l'ennemi a déclenché un feu d'enfer les balles claquaient partout autour de nous. Nous avons riposté en tirant sur les ouvertures d’où tirait l'ennemi et un de mes hommes qui marchait près de moi est tombé.

(Il s'appelait Sepeaux). En raison de l'intensité et de la précision des tirs je n'ai pas pu lui porter secours. Peu après il y a eu une petite accalmie et en rampant je me suis approché de lui,  mais il avait été tué d'une balle en plein front.

J'ai rampé à nouveau vers un abri précaire et j'ai observé le déroulement de l'opération et particulièrement la progression du blindé. Je l'ai vu s'engager dans le passage muré qui menait à la porte du fort, puis, quelques minutes après, en ressortir en marche arrière. Je ne l'avais pas entendu tirer. J'ai appris plus tard qu'il n'avait pas pu tirer sur la porte parce que le passage tournait en un angle aigu qu'il ne pouvait pas franchir pour mettre la porte dans son champ de tir. Devant l'impossibilité d'investir le fort l'ordre de repli a été donné.

Le cœur gros nous avons abandonné le terrain sous les tirs ennemis en laissant nos compagnons tués.

De retour à notre base nous avons appris que l'attaque serait renouvelée le lendemain avec d'autres moyens: Nous serions appuyés par des chars mais ce sont des hommes à pied munis de bazookas qui feraient sauter la porte.

Le lendemain nous avons à nouveau gravi la colline et en vue du fort nous avons progressé par bonds ou en rampant. Un blindé était au centre du dispositif. Il se dirigeait en direction de la porte du fort avec le commando armé de bazookas à l'abri derrière lui.

Arrivé à 50 mètres nous nous attendions à un feu nourri. Il n'y en a pas eu. Nous avons poursuivi la progression jusqu'au pied du fort et le commando est entré dans le cheminement qui conduit à la porte. La porte n'était pas fermée. Nous sommes entrés dans le fort. Il était vide.

L'ennemi l'avait abandonné pendant la nuit.

Il y a peut-être un enseignement à tirer de cette aventure.

(Dédié à mon neveu David M.)  

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 12:04

J'ai en projet de relater  ma campagne de 1944-1945 avec la Première Armée (Rhin et Danube) commandée par le Général Delattre de Tassigny. C'est un travail qui va me prendre beaucoup de temps. J'en ai choisi quelques épisodes pour mon blog. Soixante ans s'étant écoulés, ce n'est pas de la forfanterie mais de l'histoire et des anecdotes.

(Dédié à mon neveu David M.)

 

                                                                                              SNIPER

 

J'avais 22 ans. En 1944. Après avoir combattu dans la Résistance, je me suis engagé dans l'Armée Delattre pour la durée de la guerre et j'ai été affecté au 35ème Régiment d'Infanterie. Etant titulaire de la Préparation Militaire Supérieure j'ai été d'emblée nommé adjoint à un chef de Section avec le grade d'Aspirant.

Le lieutenant Sylvestre commandant la section ayant été tué à mes côtés lors de la première opération offensive en direction de Soppes le Haut, j'ai été promu chef de section sur le champ de bataille et je le suis resté.

Mon armement personnel était une mitraillette Sten dont l'efficacité était discutable, j'ai réussi à la troquer contre un Colt 45 moins encombrant mais insuffisant dans les opérations engagées. Je l'ai complété par une carabine US M1 calibre 30 long ramassée sur le champ de bataille. Quand je l'ai essayée j'ai été étonné des résultats de mes tirs.

A 200 mètres, tir couché, tous les impacts tenaient dans une circonférence de 20 centimètres, avec une autre arme je n'avais jamais réussi à obtenir un tel résultat.

Après avoir guerroyé sur les collines des Vosges, le Fort du Mont Vaudois près d'Héricourt, la région de Belfort, de Vieux Thann, de Rougegoutte nous avons progressé en direction de Colmar. Arrivé aux environs de Gundolsheim j'ai reçu une mission particulière pour ma section :

Il s'agissait de relever une section de tirailleurs marocains, isolée à environ 5 kilomètres, qui tenait une position au bord du Rhin, en face d'une casemate allemande de la ligne Siegfried située sur l'autre rive. La mission consistait à manifester notre présence pour dissuader l'ennemi de franchir le Rhin, le harceler par tous les moyens en notre possession, d'assurer une surveillance permanente et de tenir informé le commandement. Les moyens dont je disposais consistaient en notre armement individuel, de quatre fusils mitrailleurs, et de deux lances grenades de 3 pouces avec lesquels nous étions censés harceler les occupants de la casemate et contrebattre une tentative de franchissement éventuel. Notre position était établie dans un petit bois, à environ 50 mètres de la rive du Rhin, dans lequel les tirailleurs marocains avaient creusé des trous individuels et nous étions en hiver. Mais mes hommes étaient aguerris et aptes à tenir la position.

Ma première action a été de mettre en batterie les deux lances grenades et de tirer en direction de la casemate. J'ai été consterné de constater que les lances grenades avaient une portée insuffisante et éclataient inutilement devant la casemate. Ils ne pouvaient servir qu'en cas de franchissement du fleuve par les forces adverses.

Mais la sanction a été immédiate : nous avons reçu une volée d'obus de mortiers sur notre position, heureusement sans dommages tout le monde ayant plongé dans les trous individuels.

Mais les jours suivants, tous les jours, nous avons essuyé une volée d'obus de mortier et finalement nous avons eu un tué et plusieurs blessés.

J'ai été très affecté par la mort de ce compagnon de combat. Il se nommait Viard.

J'ai alors été envahi par une rage froide en raison notre impuissance pour riposter. Accompagné par un chef de groupe nous sommes allés en rampant au bord du Rhin pour observer en détail les abords de la casemate. Nous avons alors remarqué que le ravitaillement de la casemate se faisait à l'abri des vues en utilisant des haies assez  fournies et assez hautes. Mais elles présentaient des portions plus claires  et quelques étroites échancrures. On pouvait apercevoir des silhouettes floues progressant derrière les parties claires et les casques traverser les échancrures.

J'avais trouvé mon moyen de riposte.

Le lendemain avec ma carabine US et mon chef de groupe muni de jumelles nous avons à nouveau rampé sur la rive de Rhin jusqu'à un bouquet d'herbes hautes et couchés à l'abri des vues nous avons observé les haies et les déplacements des personnels ennemis. Bientôt mon compagnon m'a signalé que des silhouettes étaient en vue. Bien calé dans la position du tireur couché j'ai bloqué ma visée sur une échancrure et quand un casque est apparu j'ai tiré. Le casque a disparu.

Quelques secondes après des rafales de mitrailleuses ont arrosé la rive du fleuve, mais nous étions bien plaqués sur le sol et ce fut sans dommages.

Mais ces tirs  prouvaient que j'avais atteint ma cible, rempli la mission, et vengé mes compagnons.

Pendant deux semaines, chaque jour, nous avons renouvelé cette opération et essuyé les tirs de mitrailleuses avec en primes quelques volées d'obus de mortiers sur nos positions mais nous avons eu la satisfaction de n'avoir pas été passifs et d'avoir pu riposter.

Et puis nous avons été relevés et fait mouvement en direction de Colmar.

 

 

 

 

 

 

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